Une nouvelle Euphorbiacée, nous pourrions imaginer une herbe passée inaperçue aux yeux des botanistes de passage, mais non, il s’agit d’une plante pouvant atteindre 30m. N’oublions pas que l’arbre Hevea est également une Euphorbiacée ! Les découvreurs démontrent qu’il s’agit d’un nouveau genre (Kenneth J. Wurdack, William Farfan-Rios, 2017).

Les Euphorbiacées, une des plus grandes familles de plantes à fleurs, regroupent environ 330 genres et 6300 espèces (d’autres auteurs parlent de près de 10000 espèces). De nouveaux genres continuent à être ajoutés grâce à des études de phylogénie moléculaire comme le genre Karima en 2016, mais des découvertes provenant de collectes sont plus rares (Gradyana, 2015; Tsaiodendron, 2017). C’est le cas d’Incadendron.

L’espèce présentée est Incadendron esseri K.Wurdack &Farfan, gen. & sp. nov. (genre et espèce nouvellement décrite par ces deux auteurs), seule espèce de ce genre.

Habitat : Cordillères subandines humides de l’Equateur (Cordillera del Cóndor) et du Pérou (Cusco, Oxapampa (fig.1). Ces montagnes humides de moyenne altitude, entre la principale chaîne andine à l’ouest et les basses terres amazoniennes à l’est, sont riches en plantes et animaux endémiques, mais les euphorbiacées y sont présentes de façon clairsemée.

Les études floristiques et écologiques dans ces régions depuis une quinzaine d’années ont permis cette découverte. Incadendron est présent entre 1800 et 2400m.

 

Description de la plante

Ce grand arbre de la canopée (terme désignant ici un écosystème en forêt tropicale particulièrement riche de biodiversité) peut atteindre une trentaine de mètres de haut avec un tronc d’environ 60cm de diamètre, il présente une combinaison inhabituelle de caractères morphologiques :

– appareil végétatif présentant des feuilles stipulées secrétant du mucilage

– préfoliaison (disposition des jeunes feuilles dans le bourgeon) en plaques

– appareil reproducteur à fleurs mâles réunies en petites cymes et fleur femelle à 3 styles à la base formant une sorte de grappe, cette espèce est monoïque et autoféconde. L’étude des grands fruits ligneux à 3carpelles (fig.2) a mis en évidence des similitudes avec Senefelderopsis endémique de Guyane (fig.3). La valeur systématique de la variation de préfoliaison peu étudiée pour cette famille a permis cette diagnose et l’a classée dans la famille des Euphorbiacées, sous famille des Euphorbioidée et tribu des Hippomanae.

C’est une espèce classée à titre préliminaire comme vulnérable au regard des critères de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) seulement dix stations réparties sur une surface inférieure à 2000 km2 sont signalées.

Etymologie : Inca (de Inka en Quecha, Cusco centre de la civilisation Inca) dendron (en grec arbre) et esseri en hommage à Hans-Joachim Esser, botaniste allemand spécialiste des Hippomanae.

Une nouvelle espèce est toujours remarquable, ce qui m’a intéressée est que de plus en plus d’analyses pour les diagnoses sont liées à des études moléculaires et ici des critères précis morphologiques, dont la disposition des jeunes feuilles dans le bourgeon, ont permis la découverte de ce nouveau genre.

Kenneth J. Wurdack et William Farfan-Rios. 2017. Incadendron : Un nouveau genre d’Euphorbiaceae tribu Hippomaneae des cordillères subandines de l’Equateur et du Pérou. PhytoKeys. 85: 69-86. DOI: 10.3897 phytokeys.85.14757

Fig 2. Incadendron esseri. A Rameau floral B extrémité des pousses C Base de la feuille (adaxial) D Base de la feuille et glandes marginales E Inflorescence fleurs mâles F Petite cyme de fleurs staminées (vue distale)) G Petite cyme (vue proximale sans le bourgeon latéral))H détail de fleur mâle, étamines bien visibles I Fleur femelle J Fruit K valve du méricarpe du fruit L columelle centrale du fruit M graine

Fig 3. Morphologie comparée d’Incadendron (A–J, L–M) et de Senefelderopsis (K, N). (Source: Incadendron, A–E, G–H Farfan et al. 1049, 1131; F Farfan et al. 706, MO; I–J, M Monteagudo & Ortiz 4605, US; L Monteagudo et al. 4484, US. Senefelderopsis croizatii, K, N Radosavljevic 296, US).

 

Geneviève PETIT