Ce pourrait être le titre d’une fable ! tellement différentes et pourtant !

En contre bas du bureau de la SHOT au Jardin Botanique est installé depuis quelques mois un jardin « japonisant ». Les collines suggérées par des arcs de cercle
successifs sont recouvertes d’Herniaria glabra ou Turquette (choisie comme plante du mois en février 2017).

La turquette Herniaria glabra L. de hernia hernie anciennement utilisée pour guérir les hernies.


Cette petite plante vivace de 5-20 cm pousse en terrains sablonneux, champs en friche, dans toute la France, presque toute l’Europe, l’Asie occidentale et boréale et
l’Afrique septentrionale. Elle est signalée par Tourlet dans diverses contrées de Touraine comme Chinon et en Suède dans l’herbier général.
(http://herbiertourlet.univ-tours.fr/)
Cette espèce est décrite dans la flore de l’abbé H.Coste (1858-1924) rééditée en 1998 par A.Blanchard (Fig.1) et numérisée 2011-1341 par le réseau tela-botanica (www.tela-botanica.org/)
Ce taxon est noté dans Flora gallica la flore de France de Tison et De Foucault, 2014 éd. Biotope sous le nom de Herniaria glabra et code 0642.
Son appareil végétatif : de couleur vert clair, ses tiges sont couchées, étalées, grêles.
Ses feuilles sont glabres, oblongues ou lancéolées, opposées pour celles de la base et ordinairement alternes, ovales, à stipules, ciliées pour les supérieures. La turquette forme un coussin tapissant haut de 3 à 5 cm pouvant atteindre 70 cm de diamètre.
Elle est classée dans les « couvre-sol » par les pépiniéristes, elle est une providence pour les terrains arides où le sol manque d’épaisseur.
Son appareil reproducteur : fleurs de type 5 à 5 étamines, 5 carpelles, très petites vertes, sessiles, en glomérules multiflores. La densité de cette inflorescence conduit à son appellation de millegraine. Ces fleurs minuscules avec peu d’étamines sont autogames, leur floraison s’étale de mai à septembre. Les fruits secs utricules peuvent être disséminés par le vent.

L’oeillet : Dianthus caryophyllus L. (de Dios Jupiter et anthos fleur, fleur de Jupiter en allusion à leur beauté.


Espèce rencontrée sur les coteaux arides, murs, rochers, dans tout le midi et l’est de la France, rare dans le centre et l’ouest. Elle est présente en Corse, en Europe méridionale en Algérie et au Maroc (Coste). Tourlet l’a trouvée également sur les murs des châteaux à Amboise, Chinon, Luynes, Château-la-Vallière pour la Touraine et à Guérande, Saint Valéry sur Somme, Lavardin, Chavnon.

Nommée le plus souvent Oeillet des fleuristes ou Oeillet giroflée, cette espèce est également décrite par Coste (Fig.2). C’est une plante vivace, glabre à souche ligneuse, traçante. De très nombreux cultivars sont commercialisés.
Son appareil végétatif : ses tiges de 10 à 80 cm portent des « feuilles » à nervures parallèles (sont des pétioles élargis) opposées et s’insèrent sur un renflement un noeud (caryo en grec) feuille (phullon).
Son appareil reproducteur : ses fleurs de type 5 sont rouges ou roses, solitaires ou en cymes bipares, son calice est doublé d’un calicule de 25 à 30 mm de long, ses 5 pétales à onglets libres sont glabres,  mouches, papillons). Le fruit est une capsule cylindrique.
Tellement différentes.

Après cette description succincte des deux espèces, peu de critères semblent les rassembler. Ce sont des espèces vivaces, croissant en sols arides et portant des feuilles opposées mais très différentes. Leur appareil reproducteur est très différent.
Et pourtant ! elles sont classées actuellement dans la famille des Caryophyllacées
Tourlet et Coste classaient la Turquette dans la famille des Paronychiées et l’Oeillet dans les Caryophyllacées qui comportaient deux sous familles les Silenoideae et les Alsinoideae.
Les 2200 espèces de Caryophyllacées comportent, entre autres, trois sous familles dont les Paronychoideae (Judd et col., éd. DeBoeck Université, 2002) :
· Paronychioideae : Paronychia (110 espèces) classé dans les Caryophyllacées ( Tison et Foucault , 2014), Spergula à fleurs insignifiantes et feuilles stipulées
· Alsinoideae : à sépales libres, à fleurs généralement discrètes ex : Stellaria (150 espèces)
· Silenoideae : sépales soudés formant un tube et pétales articulés à onglets distincts. Là se trouvent les espèces ornementales Dianthus (OEillet) 300 espèces,
Gypsophila (150 espèces), Silene 700 espèces (dont compagnon blanc, silène enflé), Saponaria (saponaire utilisée jadis pour les lessives présence de saponines), 

Au cours des années cette famille des Caryophyllacées a connu des classifications diverses. Placée dans les apétales, ce qui étonnait plus d’un étudiant, la classification a évolué en fonction des critères retenus. Tout d’abord morphologiques uniquement, puis biochimiques puis moléculaires (ADN, ARN). Les nouvelles classifications phylogénétiques des plantes à fleurs dont le complément le plus récent est l’APG IV (Angiosperm Phylogeny Group IV) de 2016 sont de plus en plus utilisées dans les ouvrages scientifiques. http://www.mobot.org/MOBOT/research/APweb/.

La morale de cette fable : « Rien n’est jamais acquis, l’étude du monde végétal reste toujours source d’étonnement ».