Hépatique

Sous ce terme ont été désignés des végétaux totalement différents ! et curieusement employés en homéopathie ou en médecine populaire pour soigner des troubles hépatiques et d’autres !!

Hépatique : Hepatica nobilis Schreb., ou H.triloba Chaix ou Anemone hepatica L. sous des noms vernaculaires variés : Herbe de la Trinité, Hépatique molle, Hépatique dorée, Hépatique trilobée, Trinitaire, Herbe du foie, La fille avant la mère. Plante à fleurs (Angiospermes) de la famille des Renonculacées (Fig.1).

Les noms vernaculaires peuvent être source d’erreurs, dans la flore de Rameau sont cités les Hépatiques suivantes outre celles précédemment nommées : Hépatique des marais ou Dorine à feuilles opposées = Chrysosplenium oppositifolium L.(Saxifragacées) ; Hépatique dorée ou Dorine à feuilles alternes = Chrysosplenium alternatifolium L.(Saxifragacées) ; Hépatique étoilée ou Aspérule odorante = Galium odoratum(L.) Scop.(Rubiacées) ces espèces étant toutes des plantes à fleurs. Mais Hépatique peut désigner d’autres végétaux !

Hépatique : appartient aux Bryophytes, comme les Mousses ce sont des végétaux de zones humides, de petite taille ayant pour certaines d’entre elles un aspect faisant penser à des thalles d’algues comme Marchantia polymorpha L., l’Hépatique des fontaines (Fig.2).

 

Hépatique désignant ce qui se rapporte au foie, pourquoi ces termes, traitement des maladies hépatiques ? D’après Baillon (1884) d’anciens usages en médecine auraient donné ce nom. Ceci correspond à la théorie des signatures très en vogue au XVI ème siècle triloba feuilles à trois lobes ferait penser aux lobes du foie et traiterait les désordres hépatiques.

L’anémone hépatique est une plante toxique comme de nombreuses Renonculacées, elle est cependant employée dans certaines contrées contre la toux ! (Botanica).

Actuellement Hepatica triloba est employée en homéopathie humaine sous forme de teinture mère ou de dilutions.

Marchantia polymorpha était utilisée pour le traitement des troubles hépatiques et spléniques en médecine vétérinaire (Floriane Combre, 2010).

Description d’Anemone hepatica (d’après Flore de Coste t.I, p.41)

Appareil végétatif : souche courte, fibreuse, feuilles coriaces, persistantes en cœur à la base, à 3 lobes entiers, égaux, divergents, souvent rougeâtre en dessous (rappelant la couleur du foie !).

Appareil reproducteur : hampe de 10 à 20 cm, nue, velue, égalant les feuilles. Fleurs bleues, roses ou blanches, solitaires. Involucre à 3 folioles ovales, entières, sessiles, rapprochées de la fleur et simulant un calice ; sépales 6-9 glabres ; carpelles tomenteux à bec court, glabre. Fleurs hermaphrodites pollinisées par les insectes, le fruit est une capsule.

L’habitat de cette espèce est essentiellement montagnard, signalé dans l’herbier Tourlet dans les Pyrénées, les Vosges…

Espèce cultivée en bordure dans les parterres, sa floraison de février-mars à mai et ses belles couleurs de bleu à violet en font une plante de printemps intéressante « Annonçant le retour des beaux jours, l’hépatique est une vivace avec ses fleurettes étoilées d’un bleu inimitable et son curieux feuillage trilobé. Sous des airs délicats se cache une plante rustique dont la seule exigence est une place à mi-ombre ! » https://jardinage.ooreka.fr/plante/voir/553/hepatique

De nombreuses variétés horticoles existent dont var. japonica qui a fait récemment l’objet de travaux de génétique afin de comprendre pourquoi cette variété peut faire apparaître des fleurs de diverses couleurs blanc, rose et violet (Kameoka S. et col., 2017).

Lors d’un prochain bulletin, nous détaillerons la biologie des Hépatiques de l’embranchement des Bryophytes, en particulier de Marchantia polymorpha L.

L’idée de réfléchir à partir d’un terme permet de démontrer l’importance de la nomenclature de Linné désignant les végétaux en latin avec genre-espèce et nom du botaniste qui a nommé l’espèce.

Les hépatiques comportent 9600 espèces selon Dupont et Guignard, 2015.
Bryophytes, comme les Mousses, ce sont des végétaux chlorophylliens de zones humides, de petite taille. Certains présentent un aspect de lames foliacées faisant penser à des lobes comme un foie d’où leur
appellation. Ils ressemblent à des thalles d’algues comme Marchantia polymorpha L., l’Hépatique des fontaines qui appartient à l’ordre des Marchantiales (Fig.1,Boullard ,1997).
Ces végétaux apparus il y a environ 450 millions d’années ont été parmi les premiers colonisateurs de la terre, grâce à leurs rhizoïdes (sorte de poils) ils peuvent s’accrocher à leur support (Fig.1). Les échanges gazeux se font à la surface des thalles par des pores qui ne sont pas encore des stomates comme chez les plantes supérieures. Les types de reproduction conservent un caractère archaïque car les éléments mâles spermatozoïdes nécessitent toujours un milieu aqueux pour nager vers l’oosphère femelle.
Vous pouvez approfondir vos connaissances botaniques sur ce sujet en consultant ces 2 sites :
https://www.biologievegetale.be/index.php?rub=principaux-phylumsvegetaux&pg=les-bryophytes
http://serres.u-bourgogne.fr/article.php3?id_article=20

 

 

Nous voulons aborder les hépatiques pour deux raisons :

  1.  Marchantia polymorpha en particulier demeure un modèle pour la recherche scientifique
    Shimamura M. en 2016 écrit une revue sur ce végétal modèle. ( traduit de l’anglais). “L’une des plantes de recherche classiques en biologie végétale, Marchantia polymorpha, attire l’attention en tant que nouveau système modèle. Sa facilité de transformation génétique et un projet de séquençage du génome ont attiré l’attention sur l’espèce. Je présente ici une évaluation approfondie du statut taxonomique, de l’anatomie et de la morphologie du développement de chaque organe et tissu du gamétophyte et du sporophyte, sur la base d’une revue approfondie de la littérature et de mes propres observations. Marchantia polymorpha fait l’objet d’une étude intensive depuis près de 200 ans et les informations résumées ici constituent une ressource inestimable pour de futures études sur cette plante modèle “. De nombreux scientifiques l’utilisent comme modèle par exemple : Tanaka et col, 2017 s’intéressent au déplacement et à l’agrégation des chloroplastes en passant de 20°C à 5°C. Le modèle anatomique présentant une seule couche de cellules à la partie supérieure du thalle (Fig.1) facilite grandement ces travaux.
    Minamino et col., 2017 confirment cette utilisation en analysant la spermatogénèse. Leur étude a permis d’élucider les processus moléculaires intervenant durant la formation des spermatozoïdes mobiles. Ils ont démontré que ce processus diffère sensiblement de la spermatogenèse chez les mammifères.
  2. · Marchantia polymorpha est une préoccupation pour les jardiniers.
    Le jardin botanique de Lyon en a fait sa plante du moment avec ce titre : ” L’hépatique des fontaines : une belle plante mal-aimée de nos cultures” (Florence Billard)

« Le Jardin botanique, certes berceau de la biodiversité végétale, doit lutter contre des plantes adventices, nuisant au bon développement des plantes en collection. C’est le cas de Marchantia polymorpha, surnommée
« hépatique des fontaines » et décrite en hommage au botaniste français Marchant du XVIIe siècle ». L’hépatique; présente très fréquemment sur le sol des serres et à la surface des pots des plantes cultivées,
est Marchantia polymorpha subsp. ruderalis. Une autre hépatique l’accompagne Lunularia cruciata.
Alors que des herbicides luttant spécifiquement parfois néfastes pour l’environnement et les utilisateurs y compris des herbicides dits « bio », le jardin botanique de Lyon soucieux de conserver la biodiversité
préconise des méthodes culturales pouvant lutter contre la prolifération de ces hépatiques.

L’hépatique prolifère facilement de par sa multiplication végétative par division du thalle et par dissémination de ses propagules.La reproduction sexuée au printemps et en été complète ce phénomène.

Divers essais ont été réalisés en se fondant sur les observations du développement des hépatiques. Des essais sur sable tamisé ont amené des résultats catastrophiques avec présence importante des hépatiques . Depuis 2 ans, tous les pots de semis sont surfacés avec du sable grossier, le sable fin étant retiré par tamisage et l’hépatique s’y développe bien moins rapidement. Il est fait de même pour tous les autres pots en culture, mais cette fois avec un surfaçage de pouzzolane grossière. Les substrats sont également plus drainants pour certaines plantes, avec l’incorporation de cette pouzzolane dans le mélange terreux, améliorant ainsi les conditions de culture. Il est également important de ne jamais ajouter d’engrais chimiques dans les substrats.

« Enfin pour lutter contre nos 2 hépatiques et pour limiter davantage l’humidité au niveau de la surface du substrat, il est important d’aérer les châssis un maximum toute l’année et d’espacer les pots dans les bâches. Ces belles hépatiques à thalles sont donc indésirables en culture et il est difficile d’en venir à bout quand on cultive des plantes, car toutes ont besoin d’eau pour vivre.
Toutefois, on peut réussir à les limiter en ayant des mesures prophylactiques, avec des substrats drainants, notamment en surface des pots, pas trop enrichis et en maintenant une bonne aération du chassis ou d ela serre toute l’année.”

Geneviève Petit

Références :

Baillon H., Traité de Botanique médicale, Librairie Hachette, Paris, 1884.

Combre Floriane, thèse de docteur vétérinaire, Université de Lyon, 2010, 155pp.

Coste H., Flore descriptive et illustrée de la France de la Corse et des contrées limitrophes, A.Blanchard éd., Paris, 1998.

Rameau J.C., Mansion D. et Dumé G., Flore forestière française, Plaines et collines p.1179 (image p.1178), Institut pour le développement forestier, 1999.

Kameoka S. et col., J.Plant Res., 2017 mars, 130 (2), 263-271 Structure génétique de Hepatica nobilis var. japonica, en se concentrant sur le polymorphisme de la couleur des fleurs de la population.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_signatures

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marchantiophyta

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/82620

http://herbiertourlet.univ-tours.fr/notice.asp?numnotice=HG00178

Boullard B., Plantes et Champignons, 1997 éd.ESTEM
Dupont F. et Guignard J.-L., Abrégé de Botanique 16ème éd. Masson, 2015
Minamino et col., Dynamic reorganization of the endomembrane system during spermatogenesis
in Marchantia polymorpha.JPlant Res,2017mai, 130 (3) 433-441.
Tanakaet col.,Chloroplast aggregation during the cold-positioning response in the
liverwort Marchantia polymorpha
J Plant Res. 2017 Nov;130(6):1061-1070.
Shimamura et col., Marchantia polymorpha: Taxonomy, Phylogeny and Morphology
of a Model System.
Plant Cell Physiol. 2016 Feb;57(2):230-56. doi: 10.1093/pcp/pcv192. Epub 2015