le bouillon blanc : toxique ?

Geneviève Petit

Le bouillon blanc : une plante employée en médecine traditionnelle, toxique ?

Verbascum thapsus L., Scrophulariacées

Lors de la visite d’un château médiéval, notre attention a été attirée par les commentaires d’une « herboriste ». Tel a été notre étonnement lors de la présentation du bouillon blanc, espèce à activité médicinale, mais toxique. Tout n’est qu’une question de dose !! La vigilance extrême peut inquiéter à tort ! 

Connue depuis Hippocrate comme plante médicinale employée contre les troubles respiratoires, cette plante pectorale est toujours inscrite ainsi à la pharmacopée française (XI ème édition)* :

Plante entière fleurie, fraîche, pour préparations homéopathiques

le bouillon blanc
le bouillon blanc

La plante

Le genre Verbascum renferme environ 360 espèces avec une majorité d’espèces méditerranéennes.

De nombreux hybrides ornementaux ont été sélectionnés pour leur facilité d’entretien et leur longue période de floraison à corolles de couleurs très variées du pourpre au jaune d’or : V.blattaria, V.olympicum, V.chaixii…

Dans la dernière décennie, un certain nombre de cultivars hybrides ornementaux ont été introduits avec de nouvelles couleurs et des tailles de plante et de fleurs différentes: ‘Southern Charm’, ‘Crush Caraïbes », « Jackie en rose »,« Jackie Yellow »,« Sixteen Candles » et « Bougies de noces ». Ils peuvent être propagés par graines ou boutures de racines de la fin d’hiver au début de printemps.

L’espèce Verbascum thapsus est une plante bisannuelle couverte d’un duvet blanchâtre, lié aux poils tecteurs pouvant mesurer 500 µm de long et à des poils sécréteurs.

Sa tige dressée, parfois ramifiée, peut atteindre 2 m, elle est entourée d’une large rosette de feuilles à la base. Elle porte de grandes feuilles ovales, épaisses, crénelées, pétiolées à la base et décurrentes au sommet.

Sa racine brune pivotante est plus ou moins tortueuse, crevassée, à cassure blanchâtre et fibreuse.

Son inflorescence en longue grappe est formée de fleurs de type 5, à corolle presque régulière dite rotacée de couleur jaune pâle. Les pétales sont soudés à la base en un tube court, les 5 sépales forment un calice à 5 lobes inégaux. La fleur est hermaphrodite : l’androcée comporte 5 étamines dont 3 courtes à filet velu entourant le gynécée à ovaire biloculaire et stigmate globuleux (photographie).

Son usage médicinal

Ses fleurs possèdent des propriétés émollientes et pectorales (une des 7 espèces pectorales, voir Tussilage bulletin précédent) liées à la présence de mucilages.

Pourquoi avoir parlé de toxicité ?

Tout extrait de plantes à activité thérapeutique peut à certaines doses devenir toxique. Les extraits de bouillon blanc renferment outre des mucilages (composés glucidiques), des flavonoïdes (pigments des fleurs), dont la teneur dans les plantes est fixée par les pharmacopées (voir paragraphe suivant), des saponines devenant toxiques dans des extraits à haute doses (1g/L). Lors de l’usage de cette plante en condition habituelle, même en préparant une infusion sans filtration, vous pourrez avoir le désagrément d’effets gênants liés à la présence des poils. Même en opérant une décoction, c’est-à-dire en plaçant les plantes dans l’eau et en les laissant une dizaine de min après ébullition, en augmentant ainsi dans le cas du Verbascum la quantité de principes actifs, vous n’atteindrez pas les doses toxiques.

Plante toujours d’actualité

*Additif n° 104 du 22 mai 2014  (J.O du 29/05/2014) 
A compter du 1er juillet 2014 : 
Cet arrêté met en application les textes composant le deuxième supplément de la huitième édition de la Pharmacopée européenne.
Cet arrêté modifie 10 textes de la Pharmacopée française (Ammonium carbonicum PPH, Bovista gigantea PPH, Drosera PPH, Graphites PPH, Juglans regia PPH, Ruta graveolens PPH, Verbascum thapsus PPH, Liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement, Liste B des plantes médicinales utilisées traditionnellement en l’état … Verbascum Thapsus pour préparations homéopathiques.

Dosage : la teneur pour cent m/m exprimée en lutéoline-7-glucoside passe de « au minimum 0,015 pour cent m/m » à « au minimum 0,010 pour cent m/m ».

Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ansm)

http://ansm.sante.fr/S-informer/Presse-Communiques-Points-presse/Nouvelle-edition-de-la-Pharmacopee-francaise-disponible-en-ligne-Communique.

http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/6bb069ea2d8aff9cabd29d74ae3f583c.pdf

http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/68611418591ff1b584d7206936289d3c.pdf

Liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement (14/02/2012) mise à jour Pharmacopée française avril 2015

verbascum.org

http://botanique.univ-lyon1.fr/PAGES_WEB/cours.htm

European Medicines Agency Evaluation of Medicines for Human Use 7 Westferry Circus, Canary Wharf, London,

http://www.ema.europa.eu/docs/en_GB/document_library/Herbal__HMPC_assessment_report/2009/12/WC500017803.pdf

Bruneton, Pharmacognosie. Phytochimie, Plantes médicinales, éd. Lavoisier, 2009, 1268 p.

verbascum thapsus
verbascum thacsis